Artpoétique Marieka.p

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Les cinq

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Extrait 

 

Dans les mois qui suivirent, le sort était venu frapper ma famille. Mon père avait dilapidé toute sa fortune aux jeux. Il avait emprunté de l’argent à ses amis, enfin à ceux qui étaient restés dans son entourage. Il était endetté jusqu’au cou, et c’est ainsi qu’un soir, en plein hiver, ma mère l’avait retrouvé pendu dans le garage. Trois jours plus tard, il fut inhumé au cimetière de Troyes. Pour l’accompagner à sa dernière demeure, quelques gens étaient venus. Des personnages que je ne connaissais pas, sauf un couple qui venait chez mes parents, c’étaient les Landry. Ce jour- là, ma mère portait une robe noire, et un chapeau à voilette sur son regard, mais j’avais pu apercevoir quelques perles lacrymales, sur son visage pâle. Les mois passèrent et ma mère, très affaiblie par ce drame et dépressive, fut admise dans un asile, d’où elle n’était jamais ressortie.  

La jolie maison et l’entreprise de mes parents avaient été vendues pour couvrir les dettes. Comment faire pour mon avenir ?  Je n’avais pas de grands- parents, car mon père et ma mère  étaient issus de l’orphelinat. Mon père avait été abandonné à l’âge de trois ans, par une mère alcoolique. Et les parents de ma mère étaient morts, dans un accident de voiture. Elle avait été élevée par sa tante Jeanne, qui n’était plus de ce monde.

La seule issue pour moi était la sœur de mon père, tante Adèle. Je l’avais croisée une ou deux  fois, quand je n’étais encore qu’un gamin. Mon père disait d’elle : C’est une vieille fille qui sent la frite, et qui porte un chapeau. Elle ne le quitte que pour aller se coucher. Elle n’a pas eu de môme et elle m’a toujours dit : Si par malheur il vous arrivait quelque chose de grave, je m’occuperais du gosse. Elle ne croyait pas si bien dire. Elle avait été avisée par les Landry du décès de mon père et du placement de ma mère. Ces gens- là s’étaient occupés de mon départ.

 

Avant de quitter Troyes, pour aller vivre chez ma tante Adèle à St-Mards en Othe, un petit village situé à une quarantaine de kilomètres de chez moi, j’étais allé dire au revoir à mes amis. Ce jour- là, j’avais eu un mal fou à les trouver, mais une vieille dame m’avait dit : Ils sont tous sur la montagne, à la sortie du quartier.

La montagne ? Je n’y comprenais rien, mais j’allais vite voir cette curiosité. Devant mes yeux, je découvris un immense tas d’ordures, au milieu d’un champ.

Des pauvres bougres étaient là, pères, mères, et enfants, tous à la tâche. Je les avais observés un instant. Un de mes copains était venu à ma rencontre, et il m’avait dit :

- On ramasse de la ferraille, que l’on  revend.

C’était un misérable spectacle, qui me fendait le cœur. Un instant, j’avais porté mon regard aux alentours une dernière fois, et tous mes copains étaient là. C’est avec le cœur serré que je leur avais dit adieu. J’avais passé de bons moments dans ce quartier, à jouer dans un monde que je ne connaissais pas, et  j’en avais tiré des leçons.

 

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 Extrait : 

 

Quinze jours plus tard, nous avions pris la route, pour nous rendre chez madame Jeanne Walis. Le paysage dévoilait ses champs de blé, à perte de vue, qui n’attendaient plus que la moisson. La route était bordée de peupliers, de baraques à frites et de producteurs régionaux, à cette époque. Nous nous étions arrêtés pour acheter une cagette de cerises. Ver onze heures trente, on découvrait Essoyes, un village où avait séjourné le peintre, Auguste Renoir, les mois d'été entre 1888 et 1919.

 

Nous arrivâmes devant une charmante petite bâtisse, aux volets bleus azur. C’était la maison de Jeanne. Des rosiers couraient,  jusqu’à la porte d’entrée.

 

Je sonnais, le fils de Jeanne nous avait ouvert.

 

Jeanne était venue nous accueillir.

 

- Bonjour, je suis si heureuse de vous voir.

 

- Bonjour, Madame Walis, nous sommes heureux de cette rencontre.

 

- Appelez- moi Jeanne.

 

Puis elle nous fit signe de la suivre au salon. Je m’attardai. Les murs couleur bois de rose portaient deux magnifiques tableaux abstraits. J’interpelai Jeanne :

 

-  Qui est l’artiste de ces œuvres ?

 

- Elles sont de Richard, c’était sa passion.

 

- Désolé.

 

- Ne le soyez pas.

 

Elle appela son fils, pas plus haut que trois pommes.

 

- Va chercher le plateau au réfrigérateur, tu sais celui avec les petits gâteaux.

 

L’enfant s’exécuta.

 

J’avais remarqué l’intonation de sa mère, elle était d’une grande tristesse.

 

Le gamin revint avec le plateau en mains, et il le déposa sur la petite table du salon, puis fit demi-tour.

 

- Où vas-tu de si vite ? rétorqua sa mère.

 

- Chercher la bouteille de champagne.

 

- Ah oui ! Merci mon petit amour.

 

Ce n’était pas facile d’entamer la conversation : que dire à une femme dans cette situation ? Soudain, Lucile prit la parole.

 

- Vous avez une charmante maison, Jeanne.

 

- Nous l’avons achetée il y a dix ans, elle date de 1907 il y a fallu quelques travaux de rénovation, Richard en a fait beaucoup.

 

De fil en aiguille, l’atmosphère s’était détendue et le visage de Jeanne portait un joli sourire. Elle interpela une deuxième fois son fils Jérôme, Lucile s’interposa.

 

- Voulez- vous mon aide ?

 

Je sentais Jeanne mal à l'aise.

 

- Eh bien, oui, s’il vous plaît, vous savez depuis ce terrible accident, j’ai fait appel à une aide- ménagère, mais le weekend elle ne vient pas.

 

Jeanne fondit en larmes, Lucile s’était approchée d’elle.

 

- Ça va aller, Jeanne, ça va aller.

 

Lucile avait donc pris les choses en mains avec Jérôme. Jeanne m’interpela.

 

-  Monsieur Walis.

 

- Excusez-moi, Jeanne, appelez-moi Walis tout court.

 

- Vous n’avez pas de prénom ?

 

Avec un sourire, je lui dis :

 

- Bien sûr que si, je me prénomme, Guillaume, mais depuis mon enfance, on m’a toujours appelé par nom de famille, Walis. C’est resté.

 

- Je comprends mieux, mon cher Walis. Dans le courrier que vous avez reçu, je vous disais que j’avais quelque chose à vous révéler. Ça vous concerne, ainsi que mon époux Richard.

 

Bouche bée, je me demandais en quoi cela pouvait me concerner, j’allais bientôt le savoir.

 

Lucile interrompit le dialogue.

 

- Vous pouvez passer à table, dit-elle.

 

J’escortai Jeanne à la salle à manger.

 

-  Cela sent bon, dis-je.

 

Jeanne répliqua, avec un petit sourire malin.

 

- Je n’ai plus mes jambes, Walis, mais j’ai encore mes mains et si Richard était encore parmi nous, il vous aurait dit : « Ma femme est un vrai cordon bleu ».

 

- En tout cas, ça sent très bon.

 

- Un petit rôti de veau aux morilles, dit Lucile.

 

Le pauvre petit Jérôme était épuisé, il était allé s’allonger sur le canapé.

 

 

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 Extrait :

 

 

Cette après-midi-là, j’étais allé creuser, bien au frais. Je devais être un peu près à un mètre cinquante de profondeur, quand soudain la pelle heurta quelque chose. Je dégageai l’endroit et là je me penchai pour saisir une boîte, d’environ une vingtaine de centimètres. Je soufflai dessus pour en retirer la terre, et j’observai, il n’y avait aucune ouverture. Mais j’insistai et je découvris alors, sur le côté droit une petit languette de cuir bien usagé, d’à peu près deux centimètres. J’étais allé m’installer au salon, Lucile venait de rentrer de chez Jeanne.

- Qu’es ce-que que c’est ? me dit-elle.

- Je n’en sais rien du tout. J’ai trouvé ça en bas en creusant.

- Ouvre-la, c’est peut- être un trésor.

- Un trésor !

- Je plaisante.

Je tirai donc sur la languette, et là je découvris un petit rouleau de papier usagé et un peu jauni. Je le déroulai et me trouvai devant une écriture indescriptible à mes yeux.

- Qu’est-ce qui est inscrit ? me dit Lucile.

- Je n’en sais rien.

Je retournai cette boîte, sur toutes ses coutures, il n’y avait aucune autre ouverture. Je décidais de ne plus y toucher. J’avais gardé le papier et j’étais allé voir le vieux curé Firmin, le lendemain. Peut-être pouvait-il me renseigner. J’étais arrivé vers neuf heures, et je lui avais montré le papier. Après avoir lu le texte, le curé surpris me dit :

- C’est étrange.

- Dites-moi.

 - C’est de l’hébreu, le texte dit : Qui trouvera cette boîte, ne devra l'ouvrir que dans vingt  ans, sous peine de malédiction. Mais où avez-vous trouvé ça ?

Je ne voulais pas révéler l’existence de cette boîte. 

Je repris le papier, et j’étais rentré chez moi. J’avais rangé la boîte dans un endroit sûr. Au sous-sol, se trouvait un petit coffre-fort, il était déjà là quand nous avions emménagé. J’y déposai la boîte et le refermai. Quelques jours plus tard, j’avais enfin terminé de creuser la cave, il me restait à ajouter la porte.

Un soir en quittant mon travail, j’étais allé dans un magasin de bricolage, acheter cette porte et au beau milieu d’un rayon, j’entendis :

- Salut, Walis.

Je me retournai, et là je découvris Mathieu, seul.

- Comment vas-tu, ça fait un bout de temps.

- Je vais bien, tu sais le boulot et les déplacements, et toi ?

- Moi ça va.

Je le connaissais bien, et je sentais qu’il me cachait quelque chose.

- Et Sara, comment va-t-elle ?

- Ben, ça va, me dit- il d’un air embarrassé.

- Et les amours ?

Je sentais une hésitation.

-  Dis-moi ! Je suis ton ami.

- Je te raconterai ça plus tard, là je suis un peu pressé, bonjour à Lucile.

J’étais reparti avec ma porte ; il devait être à peu après vingt heures. Il faisait encore jour en cette période et la visibilité était parfaite. Pourtant, juste avant de négocier le virage, qui menait droit à mon domicile, j’aperçus devant moi une nappe de brouillard. Je freinai brusquement, quand soudain, derrière ce voile gris, j’aperçus cinq silhouettes. J’avoue que je n’étais pas fier d’être là et je descendais tout de même de mon véhicule, pour voir d’un peu plus près. Et là devant mes yeux pétrifié, je découvris les cinq alignés tels des soldats de plomb, ils me fixaient. Je n’avais pas oublié mon appareil photo. Je m’approchai encore plus près et  l’un d’entre eux fit quelques pas en avant. Je sursautai. Il me dit :

- Salut Walis ! Dis-moi, tu as trouvé une boîte !

Je me disais : Comment pouvait-il savoir ça ? Et tout en sortant mon appareil photo, je répliquai en essayant de bluffer :

- Une boîte ! Je n’ai pas trouvé de boîte.

- Peu importe, Walis.

Un peu agacé par cette situation :

- Cela suffit, laissez-moi tranquille.

Le garçon, alla rejoindre ses compères et à peine avais-je eu le temps de prendre une photo, qu’ils n’étaient déjà plus là. J’étais certain, à cet instant même, qu’il allait se passer quelque chose, comme à chaque fois. Mais j’espérais du fond du cœur me tromper. Je taisais bien évidement cette vision. Le jour même, j’allais porter la pellicule chez le photographe. J’étais allé la rechercher le lendemain, pressé de voir le résultat. Sur la photo, le décor à l’arrière-plan apparaissait, mais aucun des cinq enfants n’y était. Le quatorze juillet, fête nationale, Lucile avait prévu une petite soirée barbecue. Elle avait convié ses parents et tous nos amis. Tous étaient venus, avec un petit cadeau pour la maîtresse de maison. Mathieu et Sara lui avaient offert un bouquet de roses, Auguste et Amandine, une grosse signale, pour accrocher sur un mur de la maison. Cela vous portera bonheur, avait dit Amandine. Leur enfant était là. Puis étaient arrivés Jacques avec Elie, chargés d’un gros paquet, mais il n’était pas destiné à Lucile. 

 

 

 



11/01/2018
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